La Côte de Beauté - Quels sont les fondements de votre implication dans la vie politique ?
Didier Quentin, député-maire de Royan - J'appartiens à une famille où l'on s'intéresse à la politique. Je me souviens, enfant, de discussions familiales, qui étaient souvent très vives. Mes parents écoutaient beaucoup la radio, lisaient les journaux et j'ai ainsi plein de souvenirs très lointains, tels que l'élection de René COTY, la guerre d'Indochine, la crise de Suez, le retour du général DE GAULLE... De plus, je me suis toujours intéressé à l'Histoire que je découvrais dans les bandes dessinées « Les belles histoires de l'oncle Paul ». Toute une partie de mes connaissances vient de mes lectures enfantines. Cela m'a même été utile pour passer le concours de l'ENA...
En outre, l'un de mes oncles, l'amiral MEYER, a été maire de Royan et un autre était adjoint. Je pense également qu'une partie de mon implication dans la vie politique est venue de l'un de mes professeurs au collège Zola qui, lors d'un cours d'instruction civique, avait parlé du rôle des ambassadeurs. J'ai eu envie de m'engager dans la carrière diplomatique. Il m'a conseillé de faire l'ENA, ce à quoi m'a aussi encouragé Jean-Noël de LIPKOWSKI.
Pour l'anecdote, il faut savoir que je ne suis entré dans un établissement scolaire qu'à l'âge de 11 ans. Avant, je suivais des cours avec une remarquable institutrice à la retraite. J'ai découvert, plus tard, qu'elle avait été membre du parti communiste. Elle m'a appris plein de choses. Ironie de l'histoire, elle a formé un futur député RPR, puis UMP...
Après la fin de mes études, je suis devenu diplomate, puis j'ai bifurqué vers la politique. En 1986, j'ai entamé une longue collaboration avec Jacques CHIRAC, jusqu'à son élection à la Présidence en 1995. A cette époque, il m'a proposé une grande ambassade en Asie ; mais j'ai refusé, désirant me consacrer à mes mandats locaux.
Justement quel a été votre sentiment au soir du premier tour ?
Un sentiment, bien évidemment, de satisfaction ; car j'ai un attachement très fort avec Royan, ma ville natale. En poste à l'étranger, je revenais régulièrement ici et je suivais la vie politique. Le cordon n'était pas coupé !
Je suis d'autant plus satisfait que jamais une liste n'était passée au premier tour. La campagne a été plutôt sereine. Le plus beau des compliments reçu au soir du premier tour est celui de Philippe MARCHAND(1)qui m'a écrit : «Enfin une campagne à Royan, sans dérapage, sans incendie de voiture ou invective.» Alors certes, je suis satisfait, mais il ne faut jamais se satisfaire. Je vois, avant tout, la masse de probèmes à régler.
(1) ancien député PS de Charente-Maritime et ex-ministre de l'Intérieur.
Henri Le Gueut, l'ancien maire et votre premier adjoint, a ouvert la mairie en recevant, notamment la population sans rendez-vous. Allez-vous poursuivre dans cette lignée ?
Oui, je reçois sans rendez-vous les premiers vendredis de chaque mois. J'essaie d'être le plus possible à l'écoute. La concertation ne doit pas être seulement un mot, mais se pratiquer dans les faits. Je suis, cinq jours sur sept, dans la commune. Et lorsque je suis à l'Assemblée Nationale, c'est souvent pour défendre ma ville. Je m'efforce d'être très disponible et présent sur le terrain. Je veille à associer le maximum de personnes, en les responsabilisant. L'on ne peut pas demander plus à l'impôt et moins aux contribuables qui doivent intégrer le coût des réalisations. Je suis également là pour coordonner une équipe valeureuse et compétente qui s'homogénéise progressivement, tout en ayant respect et considération pour les oppositions.
Si la campagne a été plutôt «propre», vous n'avez pas évité les critiques quant au cumul des mandats.
Le système actuel (1 mandat national, 1 mandat local) me paraît bien équilibré. Maire est le plus beau des mandats, puisque le plus concret. Nous sommes au contact des problème pratiques, nous réalisons des projets et pouvons conduire une vraie mission de solidarité. Cela confine quelque fois au sacerdoce. Même si je ne suis pas toujours présent physiquement dans la cité, j'y pense tout le temps. C'est comme pour ses enfants. De plus, je crois sincèrement que c'est un atout pour Royan d'avoir à sa tête un député-maire, qui met au service de la ville son réseau de relations et d'influence. Inversement, pour le député-législateur, c'est un avantage d'être en phase avec les problèmes quotidiens de ses concitoyens.
Quelles sont, justement, vos priorités ?
D'abord, l'avenir de notre hôpital public qui me mobilise en permanence, mais le sujet mérite un entretien exclusif.
Ensuite, le plus chaud des dossiers est celui du terminal méthanier au Verdon. Le rapport de la Commission nationale du débat public a été remis le 25 avril 2008. C'est à partir de cette date que court un délai de 3 mois pour la réponse de 4Gaz, c'est-à-dire jusqu'à la fin-juillet. Je reste très optimiste sur le fond, car ce projet constitue un double non-sens :
- un non-sens économique d'abord, car la France est déjà en situation de surcapacité de stockage de gaz naturel liquéfié, avec les installations existantes de Fos-sur-Mer, de Montoir-de-Bretagne, où le nombre de cuves peut être doublé, et celles de Dunkerque, en projet et apparemment sans difficulté. Il n'y a donc aucun intérêt national majeur à ce projet de terminal. De plus, son installation nuirait gravement au développement durable de notre économie touristique, qui est de loin le premier gisement d'emplois et la principale source de richesses du pays royannais.
-un non-sens écologique aussi, tant les conséquences seraient négatives pour l'environnement et la biodiversité.
J'ai posé une question au gouvernement à l'Assemblée Nationale, le 13 mai dernier, où j'ai réitéré ma demande de création d'une aire marine protégée. Il m'a été apporté la réponse positive suivante : « L'idée d'aire marine protégée est particulièrement pertinente et nos services ont récemment finalisé un rapport de faisabilité. Dans les prochaines semaines, sera lancée la mission de préfiguration, et là encore, le dialogue public avec tous les acteurs concernés sera crucial, pour permettre l'émergence d'un projet consensuel et ambitieux, à même de concilier développement économique et préservation de l'environnement. »
Je suis également de très près le dossier de restructuration des voûtes du port dont j'ai « hérité ». Je suis sentimentalement attaché à cet endroit qui porte le nom de mon oncle, Quai Amiral MEYER, et qui a été en partie l'oeuvre de mon père qui était architecte. Nous subissons actuellement tous les aléas liés à des travaux de ce genre. A terme, cela deviendra un point fort dans l'attractivité de Royan, un fleuron de notre ville. Mais en attendant, les travaux perturbent le quotidien des commerçants. Il est primordial de tenir les délais pour ne pas pénaliser les activités. Le 21 juin, je souhaite que le plus gros des travaux soit terminé et j'ai déjà fait des propositions pour compenser le manque à gagner de certains.
Autre dossier, celui de la restructuration du Palais des congrès.
Nous devons bientôt revoir l'architecte en charge de ce projet qui a été gelé, en accord avec Henri LE GUEUT, en raison du coût croissant des travaux : plus de 10 Millions d'euros, et des interrogations sur la nouvelle destination du bâtiment. Nous réfléchissons à ce qu'il est possible de faire à cet endroit. Des étudiants de Bordeaux ont fait une étude approfondie sur la redéfinition d'un tel équipement. Cela ne peut plus être un Palais des Congrès au sens strict, puisqu'il n'est pas facile d'organiser ce genre de manifestation, compte tenu de nos capacité d'hébergement.
Alors, est-ce que cela doit être une salle de spectacles ? Une médiathèque ? Il nous faut un peu de temps pour trouver l'utilisation optimale de cet espace emblématique, auquel nous devrons redonner son bel aspect architectural d'origine. Actuellement, tout le monde est d'accord sur le contenant, mais pas sur le contenu. Il est enfin impératif d'organiser une complémentarité avec Saint-Georges-de-Didonne qui a également un projet de salle.
Quels sont vos projets en matière de voirie ?
Ils sont très nombreux, mais il faut savoir que le mètre linéaire de route à Royan revient en moyenne à 1400 euros, autrement dit 1 km coûte 1,4 millions d'euros ! Concernant le boulevard de LATTRE de TASSIGNY, en cours de restauration, il a fallu couper un certain nombre de platanes qui avaient 40 ans d'âge et créaient des désordres dans les canalisations. Cela m'a fendu le coeur de faire couper ces arbres, mais d'autres vont être replantés très rapidement.
Nous avons également rencontré le président de l'association des « Amis du Parc », en vue de la réhabilitation du boulevard GARNIER. Des travaux sont déjà en cours pour l'enfouissement des réseaux. Des aménagement doux sont envisagés, dès l'automne, sur la voirie, coté Riveau. Il s'agira de refaire le revêtement du trottoir et de favoriser une cohabitation harmonieuse entre piétons, vélos, poussettes etc... La première tranche concernera la partie entre le Riveau et le Paradou, la seconde entre le Paradou et le monument aux morts. Il est aussi nécessaire de refaire la promenade, côté plage. Il n'est pas simple de faire plaisir à tout le monde! Il faudra également revoir les aménagements paysagers. Nous envisageons des plantations aléatoires, par petits massifs, au lieu de la plantation en ligne droite des tamaris. Des ouvertures plus grandes pour accéder à la plage sont également prévues, mais cela ne sera pas possible tout le long. Il faut que cet endroit redevienne l'une des vitrines prestigieuses de Royan.
Cependant, je ne veux pas oublier les autres quartiers, qui ne sont pas des vitrines, mais où vivent de nombreuses personnes. Par exemple, les travaux de la Cité Blanche devraient commencer prochainement, pour permettre aux habitants de retrouver des logements décents. Le dossier a pris un peu de retard, mais je tiens à l'accélérer. Je répète que j'aurai une attention soutenue pour tous les quartiers, je dis bien tous.
Nous devrons également nous pencher sur un certain nombre d'équipements, tels que la piscine de Foncillon où d'importants travaux sont à réaliser, ou encore l'avenir de diverses concessions sur le bord de mer qui arrivent à leur terme.
Notre objectif est de revaloriser la station et de la tirer vers le haut; mais nous ne pouvons pas tout faire, tout de suite. Il faudra également réfléchir au devenir de la « Tache verte » qui est de plus en plus tache et de moins en moins verte...
Concernant les « Jardins du monde », il faut les animer, les faire vivre. Cet outil existe, il convient donc d'en tirer le meilleur parti.
Quels sont vos projets en matière de logements ?
La réhabilitation de la Cité Blanche est un début. Je souhaite que nous arrivions à résorber les déficits actuels en matière de logement à loyers modérés ou accessibles à la propriété. Je suis au début de la réflexion et je m'intéresse de près à l'initiative de Madame Christine BOUTIN, avec la maison à 15 par jour. Je désire que Royan devienne une ville pilote dans ce domaine. Mais nous rencontrons un problème de foncier. Dans la mesure du possible, je souhaite favoriser l'accession à la propriété. Il est important d'avoir une mixité sociale, mais aussi une mixité intergénérationnelle, en sachant que 54% des habitants de notre ville ont plus de 60 ans.
Dans quel état sont les finances locales ?
Si nous reprenons les tableaux de l'hebdomadaire Challenges parus cet hiver, elles sont dans un excellent état. La situation de la commune, tant au niveau des finances que de l'endettement, est bonne. J'en rends hommage à Henri LE GUEUT qui les a eues en charge toutes ces dernières années.
Quelle sera votre politique de développement économique ?
Lors de la campagne, j'ai entendu souvent qu'il fallait faire venir des entreprises créatrices d'emplois et non polluantes. Nous devons, avant tout, garder celles qui existent. Notre première source de richesses est notre économie touristique qu'il faut donc développer. Je vais installer, fin mai, un Conseil économique et social local, fort d'une quarantaine de représentants des forces vives de la commune. De plus, je souhaite recruter une personne spécialement chargée de prospecter d'éventuels investisseurs dans des domaines très variés.
On parle de votre commune pour accueillir les universités d'été de l'UMP.
Oui, la décision est prise. Les universités vont avoir lieu chez nous début septembre. Ce sera l'occasion de sensibiliser beaucoup de monde, à commencer par les membres du gouvernement, à la menace que fait peser le projet de terminal méthanier. L'intérêt est également de faire venir plusieurs dizaines de journalistes qui vont parler de Royan, de Saint-Georges et de notre Côte de Beauté. Le choix de notre commune a aussi une signification politique, puisque la Charente-Maritime a été l'un des départements où l'UMP a progressé aux dernières élections cantonales ; victoire incarnée par l'arrivée de Dominique BUSSEREAU à la présidence du Conseil général. Certains ont souligné la difficulté d'accéder à notre ville, mais d'ici là le désenclavement routier aura progressé, et nous organiserons des trains spéciaux.
Ce sera l'occasion également d'animer la commune.
Je trouve très injuste la critique selon laquelle Royan ne serait pas animée, une « belle endormie ». Beaucoup de manifestations sont organisées, mais la configuration de la ville fait que ces animations sont multipolaires, éclatées un peu partout. Il y a, sans doute, aussi une insuffisance de communication qu'il faudra pallier. Je souhaite également rétablir les « Fêtes de la mer » en 2009, avec la venue du Belem et d'un bâtiment de la Marine nationale. Nous avons bien évidemment aussi le Violon sur le sable, le Rêve d'Icare, le Jumping, la Fête du Cheval ... toute une série de manifestations que beaucoup de stations nous envient.
Jean-Pierre Tallieu, maire de La Tremblade, a été réélu à la tête de la communauté d'agglomération Royan Atlantique. Vous n'avez pas brigué ce poste?
Je ne souhaitais pas être président de la CdA, car j'estime qu'on ne peut pas tout faire. En revanche, je n'ai cessé de dire que Royan devait y retrouver toute sa place. Cela a commencé d'être fait par Jean-Pierre TALLIEU, avec une bonne volonté que je salue. Notre commune est un élément-clé de la CdA qui ne pourrait exister sans elle. Elle apporte plus d'un tiers des recettes. Au-delà, je crois nécessaire de clarifier les compétences entre les différentes collectivités, sans forcément aller vers des blocs exclusifs. Je déplore qu'il n'y ait pas de débats démocratiques véritables sur les projets de l'intercommunalité. Ce ne sont pas les habitants qui élisent les responsables au suffrage direct. Mon idée est donc d'indiquer, lors des prochaines élections municipales, ceux qui seront délégués communautaires, pour permettre l'instauration d'un débat sur les projets municipaux, mais également communautaires. Je prépare d'ailleurs un projet en ce sens à l'Assemblée Nationale Je souhaite ainsi donner plus de portée à l'un de mes slogans de campagne : « La ville se décide ensemble ». La Communauté d'agglomération doit aussi se décider ensemble.
|