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Débat préalable au Conseil Européen: intervention de Didier QUENTIN

DEBAT PREALABLE AU CONSEIL EUROPEEN
 
Mardi 6 décembre 2011 – 15h
 
 
 
 
Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Ministre d’Etat,
Mes chers collègues,
 
 
        Permettez-moi d'abord, Monsieur le Président, de vous remercier d'avoir pris l'initiative de ce débat, au lendemain de la rencontre si décisive entre le Président SARKOZY et la Chancelière MERKEL et de leur accord sur le renforcement de la gouvernance de la zone euro qui a reçu, cet après-midi, une bonne note d'un grand quotidien du soir, ce qui n'est pas si fréquent ! Avant aussi le Conseil européen de jeudi et vendredi prochain, à Bruxelles. Un Conseil européen que l’on nous présente, depuis quelques jours dans la presse, comme « le sommet de la dernière chance » pour l’euro...
 
 
Je tiens à souligner que ce sommet sera également l’occasion de signer le Traité d’adhésion avec la Croatie. Il en résultera qu'au terme du processus, le 1er juillet 2013, la Croatie deviendra le 28ème Etat membre de l’Union Européenne.
 
La Croatie sera ainsi le deuxième pays issu de l’ex-Yougoslavie à devenir membre de l’Union européenne, après la Slovénie ; mais il s’agit surtout du 1er des ex-belligérants de la guerre de 1991-1995 à intégrer l’Union.
 
L’Union européenne reste donc attractive et demeure cet espace de paix et de démocratie, voulu par ses Pères fondateurs. Cela me semble important à rappeler, en ces temps difficiles. Il ne faut jamais oublier l’essentiel.
 
En effet, la crise que traversent la zone euro et sa gouvernance ne doit pas nous faire oublier que l’Union poursuit son chemin, qu’elle travaille, qu’elle se préoccupe toujours des questions agricoles, des questions climatiques, des questions migratoires, des questions énergétiques qui sont, elles aussi, à l’ordre du jour de ce Sommet, même si beaucoup ont tendance à l’ignorer.
 
 
 
Notre attention est toute entière focalisée sur la crise de la zone euro, sur cette crise des dettes souveraines.
 
Cet endettement, nous en sommes tous, je dis bien tous, à des degrés divers et à des moments divers, comptables et responsables devant nos concitoyens…. puisque pas un seul budget n'a été voté en équilibre depuis 1974 !
 
Comme le Président de la République l’a rappelé, lors de son discours à Toulon jeudi dernier, cet endettement s’est accumulé depuis des années. Il s'est agi d'une facilité coupable et illusoire, une sorte d'EPO auquel tous les gouvernements se sont dopés, pour préserver notre niveau de vie, notre modèle social, dans un monde en pleine mutation.
 
Cette crise marque la fin de ce cycle. Faut-il même encore parler de crise ? puisqu'il s'agit d'un véritable changement de monde et de système. Nous ne pouvons plus continuer ainsi et nous le savons. Nous le savions pour la plupart d’entre nous depuis longtemps. Nous sommes rattrapés par la réalité, la dure réalité.
 
Oui, il nous faut faire des efforts. Oui, il nous faut maîtriser nos dépenses ! C’est une ardente obligation pour réduire les pressions que nous subissons. Maîtriser nos comptes, ce n'est pas plier devant les agences de notation, c'est chercher à réduire notre dépendance à l'égard des marchés et donc à veiller au maintien de notre indépendance.
 
Monsieur Mario MONTI, le président du Conseil italien, l’a bien rappelé ce week-end, en présentant un nouveau plan d’économie de 20 milliards d’euros…il a mis en avant la « faute des Italiens, pas de l’Europe »…Je tiens à faire remarquer que ce nouveau plan italien est soutenu à la fois par la gauche et la droite de la péninsule, tout comme les socialistes allemands avaient voté la régle d'or, et j'espère qu'ils l'ont rappelé ce week-end à Monsieur François HOLLANDE... vérité d'un côté du Rhin, vérité de l'autre.
 
Les difficultés actuelles qui touchent notre continent méritent mieux que les basses polémiques auxquelles nous assistons, depuis quelques jours.
 
Les mots ont un sens. Ils renvoient pour certains d’entre eux aux heures les plus noires de notre histoire.
 
Dire que la Chancelière MERKEL mène une politique à la « Bismarck », visant à imposer ses vues à l’Europe, alors que nous savons très bien qu'elle doit faire face à une opinion publique hostile à toute idée de solidarité trop poussée en Europe, est choquant !
 
Il y a quelques mois, l’Allemagne a, pour la première fois, accepté la mise en place d’une gouvernance économique de la zone euro, à laquelle elle s’etait toujours montrée réticente. Elle a aussi accepté la création du Fonds européen de stabilité financière. Eh bien, souvenons-nous qu'à l'époque, la Chancelière s’était vue accuser par son opposition, et même dans son propre parti, d’être à la traîne du Président SARKOZY et des positions françaises...
 
Alors, sachons garder le sens de la mesure ! Ne tombons pas dans un manichéisme caricatural, conduisant certains à accuser le Président de la République de se comporter comme Edouard DALADIER, signant les accords de Munich avec HITLER en 1938 !
 
Nous ne pouvons pas accepter de tels propos à l'égard du Président de la République et de notre principal partenaire. Paraphrasant une formule bien connue, on pourrait dire que l'anti-germanisme est le socialisme des imbéciles...
 
Plusieurs de nos collègues du Bundestag nous ont fait part de leur incompréhension devant de tels amalgames et je tiens, au nom du groupe UMP, à leur dire combien nous avons été choqués par ces insinuations. A cet égard, Monsieur AYRAULT, nous attendions de l'homme de culture, du germanophone que vous êtes, que vous preniez quelque distance avec ces déclarations scandaleuses !
 
Tous les Présidents de la Vème République, sans aucune exception, pourraient avoir prononcé les paroles de Nicolas SARKOZY à Toulon : « L’Allemagne et la France unies, c’est l’Europe toute entière qui est unie et forte. L’Allemagne et la France désunie, c’est l’Europe toute entière qui est désunie et qui est affaiblie ».
 
Certains, du côté du candidat socialiste, se prenant pour Zorro, parlent de rétablir une relation franco-allemande « équilibrée ». Qu’est ce que cela veut dire ? En quoi notre relation est-elle déséquilibrée ? Il ne s'agit pas d'abandon de souveraineté ; mais de souveraineté partagée. Quelle est la souveraineté du coq dans le poulailler ouvert aux renards ? Ne faut-il pas mieux s'associer à l'aigle pour fermer la porte… Cela crée la nécessité de trouver des compromis comme l’a rappelé le Président lundi, à l’issue de sa réunion avec Angela Merkel, des compromis où chacun trouve son compte !
 
 
Travailler à des compromis entre partenaires ayant chacun des histoires, des cultures, des institutions, des traditions, est autrement plus compliqué que d’asséner des discours d'un volontarisme incantatoire.
 
C'est dans cet esprit de compromis, réaliste et néanmoins ambitieux, qu'à l'initiative du Président ACCOYER et de son homologue du Bundestag, Norbert LAMMERT, a été créé un groupe de travail sur la gouvernance de la zone euro. Sept parlementaires français, de la majorité et de l'opposition, se sont mobilisés pour rapprocher les positions entre groupes parlementaires du Bundestag et de l'Assemblée Nationale sur ce renforcement de la gouvernance de la zone euro, en complément des échanges entre les deux exécutifs.
 
Ils ont trois objectifs :
 
-                  1°) Rassurer sur la capacité de réponse de la zone euro face aux spéculations;
 
-                  2°) Renforcer le pacte de stabilité et de croissance, pour éviter une répétition des dérives budgétaires ou bancaires observées dans certains pays;
 
-                  3°) Mieux associer les Parlements à la gouvernance de la zone euro. C'est ainsi que, lors de la préparation du budget, un commissaire européen chargé de l'euro pourrait être auditionné, devant chaque commission des finances des Parlements, pour rendre un avis sur la sincérité du projet de budget.
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En conclusion, il nous faut être plus que jamais conscients que la relance de l'Europe passe par une forte impulsion franco-allemande, non seulement sur le plan budgétaire, mais également pour des politiques d'innovation et de croissance.
 
 
La coordination européenne ne doit pas oublier cette dimension essentielle, pour continuer à être source de confiance, de croissance et d'espérance ; cette espérance qui, comme l'a écrit BERNANOS, est un risque à prendre.
 
Eh bien, Monsieur le Premier Ministre, ce « beau risque de l'espérance », le groupe de l'UMP est prêt, tout entier, à l'assumer à vos côtés et derrière le Président de la République.
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