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Dossier Crise Alimentaire Mondiale

LES CHIFFRES
�� 2Mds : c'est le nombre de
personnes vivant avec moins
de 2 euros par jour.
�� 93% : c'est la surface des terres
cultivées qui restera dédiée à
l'alimentation en 2010, contre
seulement 7% utilisées pour les
biocarburants.

L'ESSENTIEL
�� En quelques mois, le prix des matières premières
alimentaires a connu une hausse brutale. Ces dernières
semaines, plusieurs émeutes de la faim ont notamment
éclaté au Sénégal, au Cameroun, en Egypte et à Haïti.
�� Les accidents climatiques, la spéculation et la
dépendance alimentaire sont autant de facteurs qui
expliquent l'augmentation des prix et la pénurie de
certaines denrées alimentaires. L'utilisation des
biocarburants en masse par certains pays est également
pointée du doigt.
�� Parce que trop de pays ont délaissé l'agriculture ces
dernières années, Michel BARNIER a proposé de
« réorienter l'aide publique au développement vers
l'agriculture ».

COMMENT EXPLIQUER LES EMEUTES DE LA FAIM QUI SEVISSENT CES DERNIERES SEMAINES ?
Il faut prendre en compte la demande croissante des consommateurs, avec des pays de plus en plus
peuplés (Chine, Inde) et des modes de consommation qui évoluent (davantage de protéines animales)
du fait de l'émergence des classes moyennes.
�� Tout d'abord, certains accidents climatiques ont fait perdre des capacités de production à des
grands pays producteurs comme l'Australie (sécheresse) ou l'Ukraine (froid).
�� Ensuite, la crise des subprimes a généré une spéculation financière mondiale. Les fonds
d'investissement jouent sur les marchés à terme et misent sur les matières alimentaires. Du coup,
ces fonds d'investissement achètent et cette spéculation fait monter les prix. M. BARNIER a
d'ailleurs précisé que cette question de la spéculation doit être posée « dans toutes les
organisations mondiales, au FMI et dans les lieux de la gouvernance mondiale ».
�� Enfin, trop de pays se sont désinvestis de l'agriculture et préfèrent importer les matières premières
alimentaires. Le dernier rapport de la Banque Mondiale l'a souligné. Par exemple, la Mauritanie
dépend à 70% des importations et le Yémen à 75%.
�� Conséquence: l'augmentation des prix des matières premières alimentaires : les
produits laitiers, le riz, le blé, le maïs. Un exemple, le cours mondial du riz a doublé
entre avril 2007 et avril 2008.

L'AUGMENTATION DES PRIX ? A QUI LA FAUTE ?
�� Les instances mondiales n'ont pas suffisamment encouragé l'agriculture pour qu'elle devienne un
véritable secteur économique et beaucoup de politiques agricoles ont été démantelées dans le
monde.
�� L'utilisation des biocarburants en masse par certains pays comme les USA ou le Brésil a déstabilisé
les marchés. Ces régions ne mettent pas suffisamment de matières premières alimentaires sur les
marchés. Du coup, le cours du maïs utilisé pour l'éthanol a doublé en deux ans.

CELA VEUT-IL DIRE QU'IL FAUT STOPPER LES POLITIQUES DE BIOCARBURANTS ?
�� Non. Cela veut dire qu'il faut garder le sens des priorités. En Europe, par exemple, nous allons
avoir un objectif de 7% d'incorporation des biocarburants dans les biocarburants traditionnels en
2010. Cela correspondra à 7% seulement de la surface cultivée pour les biocarburants et 93% pour
l'alimentation.

Ce ne sont pas les biocarburants européens qui affament le monde. Mais l'orientation aux USA et
en Amérique latine de la production de maïs ou de colza vers les biocarburants en très grandes
proportions déstabilise les marchés. Aux Etats-Unis, 18% des terres sur lesquelles sont produites du
maïs sont consacrées aux biocarburants.
�� Il faut par ailleurs favoriser la recherche sur les biocarburants de la 2ème génération fabriqués à
partir de plantes non vivrières, ce qui permettra une augmentation des rendements et un meilleur
équilibre entre l'usage alimentaire et l'usage en carburant.

COMMENT FAIRE FACE À CETTE CRISE ?
�� Il faut transférer davantage d'expertises vers les pays les plus pauvres pour les aider à construire
ou à reconstruire leur capacité propre de production alimentaire : recherche agronomique,
formation professionnelle, maîtrise de l'eau, subventions à l'achat des semences.
�� Il faut alimenter le programme alimentaire mondial qui a besoin de 500 millions de dollars dans
l'urgence. L'Union européenne a annoncé le déblocage de 160 millions d'euros du programme
ECHO et Nicolas SARKOZY le doublement de l'enveloppe de l'aide alimentaire de la France
(passant à 60 millions d'euros).

PEUT-ON PASSER D'UNE CRISE ALIMENTAIRE A UNE CRISE POLITIQUE ?
�� Oui. Comme l'a dit le FMI : « Si les prix de l'alimentation continuent à augmenter, des centaines de
milliers de personnes vont mourir de faim ce qui entraînera des cassures dans l'environnement
économique et parfois la guerre ».
�� Les champs de riz sont gardés par l'armée en Thaïlande, il y a eu des morts par balles à Haïti et le
premier ministre haïtien a été démis de ses fonctions. Oui, la crise peut devenir politique. Et il est
urgent d'agir.
�� Lundi 14 avril, Michel BARNIER a proposé à ses homologues européens « une initiative européenne
pour la sécurité alimentaire dans le monde ». L'agriculture n'est pas dépassée, bien au contraire.
Elle contribue à l'avenir de notre pays et de la planète.

CETTE CRISE PEUT-ELLE GAGNER L'EUROPE ?
�� Certes en Europe, nous constatons aussi des hausses importantes des produits alimentaires. Mais
les produits alimentaires pèsent moins lourd dans le budget des ménages européens que dans
celui des pays les plus pauvres. A Haïti par exemple, 80% de la population vit avec moins de 2
dollars par jour... Dès lors, l'argent gagné sert en quasi-totalité à se nourrir.
�� Autre différence entre l'Europe et les pays pauvres, d'Afrique par exemple, la dépendance des
pays européens est moindre. Nous sommes proches de l'autosuffisance alimentaire.
�� L'Union européenne dispose d'un Politique agricole commune (PAC) qui permet de stabiliser les
marchés.
�� Nicolas SARKOZY avait d'ailleurs souligné l'importance de l'agriculture lors des conclusions du
Grenelle de l'Environnement : il faut une « politique d'investissement massif dans l'agriculture. Il y a
800 millions de personnes qui meurent de faim et d'ici à 2050, il y aura trois milliards d'être humains
en plus. On ne va pas nous expliquer qu'on n'a pas besoin de l'agriculture ! »